lundi 10 novembre 2014

L'horrible Ogre Microsoft : oui mais

 Ce billet n'apprend pas grand chose, n'invente rien. Cependant, si pour vous ou quelqu'un que vous connaissez, Microsoft = Mauvais, il contiendra peut-être certains idées sur lesquelles réfléchir.

Je me souviens, principalement quand j'étais encore au lycée (à l'âge d'or de Windows XP), avoir entendu de nombreux discours dont je retrouve encore parfois des échos aujourd'hui, qui semblent fondés sur la conception que Microsoft est l'équivalent informatique du grand méchant loup ou du monstre sous le lit, celui avec lequel on fait peur aux petits geeks, et que Windows est la pire chose qui soit arrivée à l'humanité après les maladies vénériennes.

Bon, il est probable que ma description soit quelque peu exagérée, mais je suis certain que vous avez compris de quoi je veux parler.

Vous avez raison de ne pas aimer Microsoft

Tout d'abord, je vais préciser que je suis loin d'être un fan absolu de la marque à la fenêtre (si après tout on appelle son ex-concurrent "marque à la pomme", je ne vois pas de raison de ne pas utiliser cette expression). Microsoft a certainement sorti certains produits atroces (Windows Me, Windows 98 première édition et Vista Service Pack 0, je pense à vous).
Son choix d'intégrer profondément certains outils secondaires à l'OS, notamment Internet Explorer (même si on pourra trouver également d'évidentes raisons pratiques pour packager un navigateur Web avec un OS moderne grand public) ou de très rarement suivre les standards (POSIX, affichage du contenu dans Internet Explorer, formats Office/OfficeX), sa mauvaise gestion du multi-disque et du partitionnement, son codage "en dur" dans l'OS du langage sont autant de raisons de le détester.
Et je ne parle même pas, ou plutôt si, de son incursion dans le domaine qui me tient depuis longtemps à cœur des consoles de jeux vidéo. Pour les plus jeunes d'entre vous (ou les plus néophytes dans ce domaine), la présence de Microsoft peut sembler évidente. 3 générations de consoles, ça n'est pas rien (après tout, SEGA n'en aura tenu que 4, considérant les Mark I, II et III comme une seule génération). Seulement, quand Microsoft est arrivé dans le monde des consoles, c'était avec une douceur, une finesse et une modestie qui ne sont pas sans rappeler certaines interventions militaires américaines, et des G.I.s fonçant à toute berzingue dans leur char Abrams sur fond de "The Roof is on Fire" (note du rédacteur : un Leclerc, c'est bien mieux. Mais plus cher. Oui, je peux aussi discuter matériel militaire). Bref, La génération "128 Bits" aura vu débarquer le géant américain, sûr de ses moyens et déjà triomphant, annonçant sans fausse modestie sa volonté d'être majoritaire en une génération (je cite ici de mémoire et sans certitude), persuadé que sa machine surpuissante écraserait la concurrence, bien aidée par leur trésorerie qui leur permettrait d'asphyxier leurs adversaires quitte à fonctionner longtemps à (lourdes) pertes. Ce qui, heureusement, n'est pas arrivé, bien que ces messieurs dussent très rapidement réviser à la baisse leur prix de vente (et par conséquent perdre leur argent encore plus vite qu'il n'était prévu). Oui, ce Microsoft-là, prêt à se saigner car persuadé que ses adversaires se videront plus vite de leur sang et prompt à enterrer un Nintendo dont il ne comprend pas la logique, vous pouvez le détester.

Bref, je ne suis pas un adorateur de Microsoft, de son style, et de bien de ses choix, mais je trouve souvent qu'on lui tape trop et trop facilement dessus. Combien parlent encore de Vista (OS sorti en 2006 et bien amélioré par son SP1, de 2008), ou les condamnent alternativement quand ils ne changent rien et quand ils essaient de tout changer (Windows 8 est excellent... si vous avez un écran tactile) ?

Mais je me place ci-après dans un rôle principalement d'utilisateur. Et s'il est important de ne pas être qu'un simple utilisateur, à la fin du débat, c'est quand même ce que l'on redevient.

Pour le grand public, un standard de facto bien pratique

Parce que tout le monde n'a pas le temps d'être un geek, sans pour autant vouloir tomber dans l'ordi écran, et parce que tout le monde n'a pas le budget ou l'amour du design de feu Steve Jobs (les esprits sarcastiques ajouteraient "parce qu'on a deux doigts à la main qui tient la souris"), avoir un OS de qualité commerciale, qui ne demande pas de savoir ce que signifie "récupérer sur les dépôts", ou "recompilation du noyau et mise à jour du bootloader", Microsoft est parfois un mal nécessaire.

Oui, des choses extrêmement faciles d'accès peuvent exister sous Linux, mais rien ou presque qui ne soit fourni "clé en main" et pour lequel l'assistance soit facile à trouver. Si pour vous, ça n'est pas grave, rappelez-vous que vous n'êtes qu'une minorité.

MacOS en fait autant ? MacOs en fait autant. Et c'est vrai que c'est encore plus "clé en main" que Windows puisque vous n'avez (presque) pas le choix, de la configuration, du design, de la couleur. MacOS est une alternative tout à fait valable sur les points précédents, je ne le nie pas. Mais une expérience plus contrainte, aussi.

Toute personne ayant subi des suites bureautiques alternatives à MS Office et ne reprenant pas fortement ses concepts (d'une manière qui aurait probablement ulcéré Steve Jobs s'il s'était agi de son produit si j'en crois ses déclarations à l'endroit d'Android) saura également reconnaître que Microsoft, ça n'est pas si mal. Et toujours en parlant d'Office, Microsoft sait aussi parfois faire preuve d'audace, comme en témoigne la "révolution" (douloureuse) que fut Office 2007 après des années d'immobilisme, avec une formule affinée ensuite dans les moutures 2010 puis 2013.

Et en tant que joueur, il faudrait penser à se réjouir également qu'une plateforme se soit imposée. Oui, il est possible de jouer sous Mac ou Linux, et faire tourner son premier jeu sous Wine (outil permettant de lancer directement sous Linux de nombreux programmes prévus pour Windows) est un plaisir en soi. Mais l'existence d'une plateforme OS unie majoritaire, à défaut d'être matériellement homogène, a très certainement été un élément important pour l’essor du jeu vidéo PC. Considérant combien il peut être compliqué de lancer un vieux jeu, imaginez un instant la catastrophe si le marché des OS avait été fortement fragmenté. Imaginez un instant le rayon "Jeux PC" découpé en 4, 5, 10 sous-sections. Oui, c'est un peu le monde des consoles, sauf que des consoliers, il n'y en a que 3, et que les chiffres de vente sur PC n'ont pas grand chose à voir. Je doute que cela aurait été viable pour de nombreux éditeurs et développeurs. Ceci tient plus de la conviction personnelle que de la démonstration toutefois, j'en conviens.

Mais oui : si vous êtes un geek pur et dur, vous pouvez parfaitement vous passer de Windows chez vous et de tout produit Microsoft.

Pour les entreprises, un gage de confiance

Et là, rien qu'à mon titre, j'en entends déjà certains rire comme des baleines.
Peut-être ont-ils raison. Oui, les produits Microsoft ne sont pas tous réputés pour leur fiabilité, ni leur simplicité dans les utilisations fines ou leur flexibilité. Cependant, quand vous achetez un produit Microsoft, en face vous avez quelqu'un. Et ça, pour une entreprise, c'est essentiel.

Pour une entreprise cherchant à se fournir en outil de travail informatique, les grands principes et l'élégance du code comptent assez peu. En revanche, avoir une solution fonctionnelle et un interlocuteur qui sera responsable de sa qualité, c'est essentiel. Or prenez une solution "libre" : coût 0, parfait. Le code pourra même être personnalisé si vous en avez le besoin et, bien entendu, les compétences (ou que vous payez quelqu'un pour le faire). Cependant, qui assurera le suivi, les mises à jour, la maintenance ? "La communauté" n'est pas, pour un grand groupe ou tout business n'étant pas en mesure de gérer lui-même son outil informatique, une réponse adéquate, ou rarement.

Cela n'exclut pas pour autant Linux (Apple n'étant plus que marginalement présent dans l'entreprise), puisque de nombreuses sociétés (Ubuntu/Canonical, Red Hat Enterprise, SUSE) proposent des OS commerciaux, même si sur base Linux. Toutefois, puisque vous ajoutez un coût (d'acquisition/de licence et éventuellement de support), et des restrictions (vous n'êtes plus libre d'y faire ce que vous souhaitez, sous peine de voir la responsabilité de l'éditeur s'envoler en cas d'incident), que reste-t-il hormis des principes - et un respect parfois relatif de certains standard -, que reste-t-il qui les différencie fondamentalement de Microsoft ?

Parfois (souvent), et j'ai pu y être confronté, on peut être tenté de faire des économies, de tout "libriser", ce qui permet de plus d'afficher de beaux principes. Si, pour une société spécialisée, cela ne posera peut-être pas ou peu de problèmes, les écueils sont nombreux. A vouloir monter des solutions "coût 0", vous encourez un risque non négligeable de perte de temps, et donc d'argent, dans le développement, pour une chimère bancale qui sera surtout "assurance 0". Microsoft, c'est (un peu) l'opposé de cela. Ça ne fait pas tout, ça ne fait pas toujours les choses exactement comme on le voudrait, mais ça fait beaucoup de choses, c'est documenté, c'est répandu (et donc scruté et analysé).

Par ailleurs, il serait faux de croire, et malhonnête de faire croire, à un cloisonnement de ces mondes. Ceux-ci sont très souvent entremêlés. Car au final, tout est question d'équilibre. Mon besoin est-il si spécifique qu'une solution sur mesure est rentable ? Les avantages (garanties, fonctions incluses, applications compatibles) proposés par Windows valent-ils le coût qu'ils représentent pour l'utilisation que j'en ferai comparativement à une solution sur laquelle j'aurai plus de maîtrise mais devrai produire un plus grand travail ?

Parfois, Microsoft propose la solution la plus rationnelle à votre problème. Ou la solution la plus rationnelle au problème de votre entreprise.

Et puis, s'ils n'existaient pas, qu'est-ce qu'on passerait du temps à taper sur Apple.

N'hésitez pas à réagir (avec modération) dans les commentaires. Après tout, ça n'est pas comme si vous étiez si nombreux que je ne peux plus suivre. J'ai bien conscience de ne faire ici qu’effleurer le sujet (la comparaison avec des acteurs du propriétaires open-source, par exemple, pourrait être développée).

L'auteur s'excuse pour les nombreuses coquilles et autres fautes présentes. Certaines ont déjà été supprimées, mais j'essaierai de faire une seconde relecture.

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