mercredi 4 avril 2018

Journal intime d'un sans-vie 2007-2018 | adieu Nolife


Le précédent message, bien qu'exprimant ma vision de ce qu'aura été l'aventure Nolife, restait principalement factuel.
Celui-ci est plus personnel - moins construit aussi - et vise modestement à raconter quelques étapes et éléments de ma relation avec ce qui, de mon point de vue assumé de fanboy (même s'il essaye de rester critique), restera probablement longtemps la meilleure chaîne du PAM, le paysage audiovisuel mondial. Oui, rien que ça, soyons modérés. 

 Découverte

 

Très cher journal,


Nous sommes début 2007, je m'ennuie un peu, seul loin de mes proches et de ma petite amie, exilé dans le lointain sud (Sophia Antipolis). Et je viens de lire une actualité sur univers-freebox annonçant une chaîne destinée "aux geeks, aux otaku", avec un nom cliché à faire peur. Ça sent le pitch commercial pour toucher une niche qui débouchera sur du contenu cliché, bas de gamme ou recyclé.
[[Erratum : en recomptant les années, j'ai lu ce communiqué avant mon exil dans le sud. Même si c'est bien là-bas que je finirai par regarder.]]

Je ne plaisante pas. C'est très précisément ce que j'ai pensé en lisant un communiqué, à une époque où "mes" sites fermaient ou se renouvelaient dans une direction qui ne me plaisait pas, où la presse papier JV ne me correspondait plus, et où je n'avais plus grand monde avec qui échanger au jour le jour sur ces sujets. Du coup, je n'ai pas véritablement attendu le lancement, j'ai même oublié un temps qu'il avait eu lieu.

En École d'Ingé, on est grand, alors passer son weekend à recompiler son noyau Linux pour ajouter une option ça passe encore, mais dire qu'on a une passion pour la pop-culture japonaise et les jeux Nintendo - ou apparaître comme un encyclopégeek des personnages Marvel - ça ne le fait pas.


Même les imbéciles changent parfois d'avis

 

 Ce contact initial avec Nolife m'avait donc refroidi avant même qu'elle n'émette. Puis un jour, par ennui et cédant aux recommandations insistantes pour ne pas dire au lobbying de mon frère (oui, considère ça comme un merci si tu lis ce passage), j'ai commencé à regarder.

C'était un ovni. Ça n'était pas très beau visuellement. Ça bouclait beaucoup. Mais tout ou presque me parlait : des références geeks et otaku assumées, des avis pointus, la substance avant la forme... Pour quelqu'un qui comme moi a du mal à se sociabiliser et n'avait que peu de personnes avec qui échanger sur ces passions éveillées ou latentes relativement inavouables (encore plus à l'époque qu'aujourd'hui), c'était un immense bol d'air.
C'était fin 2007 ou début 2008 et de spectateur occasionnel je suis rapidement devenu régulier pour ne pas dire accro, et même un temps "pilier de forum" comme certains sont piliers de bar. Et si d'abord c'était avant tout ma principale distraction dans une situation d'isolement relatif, la suite - malgré un retour dans la famille, puis le boulot, puis une installation en couple - n'aura pas cassé cette relation.

Si ma régularité a pu baisser récemment, que la dernière formule initiée à la rentrée 2017 ne m'a pas totalement convaincu, je restais et reste très attaché à ce point de vue et ce traitement que j'ai du mal à retrouver ailleurs, hormis (avec leur propre saveur) dans les productions d'anciens partis sur d'autres médias.

 [Cliché, musique de drama, petite larme] Nolife a changé ma vie

 

J'ai pu développer dans le précédent billet les raisons qui font que je trouve la chaîne profondément attachante et intéressante. Mais au risque de rentrer pleinement dans les clichés, Nolife aura également eu une influence presque tangible sur certains aspects de mon parcours depuis lors.

 Love Live

Un des poncifs sur la fin de cette aventure est que Nolife n'a pas su toucher un nouveau public quand les anciens s'installaient, se lassaient, devenaient parents et n'avaient plus le temps.

Je ne me suis pas lassé, et je ne suis toujours pas parent. Mais je me suis peut-être installé en partie grâce à Nolife.

D'autres ont rencontré l'amour (passager ou durable) sur le forum. Moi, j'étais déjà en couple depuis 2 ans. Une relation (majoritairement à distance à l'époque) se passant bien mais avec quelqu'un qui ne connaissait (presque) rien aux jeux vidéo console comme PC, n'avait jamais ouvert un manga avant que je ne lui mette Monster entre les mains, sans intérêt particulier pour le Japon, encore moins pour la J-musique ou regarder en tant qu'adulte des anime (prononcé "animé", et sans s car repris du japonais bien que ce soit déjà un emprunt de leur part). Je n'évoquerai même pas les Idols - pour lesquelles il m'aura également fallu du temps afin de mieux comprendre et savoir apprécier le travail.

Aujourd'hui, c'est elle qui passe le plus de temps dans les rayons des Book Off lorsque nous avons la chance d'être au Japon et qui reconnaît le plus de membres du Hello!Project. Qui essore les Fire Emblem quand je ne prends plus le temps de le faire et a son propre Gunpla (maquette en plastique tirée des séries de science-fiction Gundam et pour lesquelles mon affection est de notoriété publique sur le forum voire au delà). Ok, sur ce point, je la bats encore à plate couture, ayant saturé nos étagères.

Si ça n'est pas facilement démontrable, je suis convaincu que la qualité des programmes de Nolife sur ces thématiques a très fortement facilité la compréhension puis le partage de ces passions qui m'animent pour quelqu'un chez qui tout cela n'était qu'au mieux latent. Nous y serions probablement parvenu sans. Mais le coup de main fût-il involontaire est appréciable.

 

Exhausteur de passion otak'

En découvrant Nolife, j'étais déjà bien contaminé par la culture geek et otaku.
Pourtant, avec l'âge, la fin du lycée, j'avais pris un peu de distance hormis avec le domaine des jeux vidéo (que je n'ai jamais lâché). Le reste était plus occasionnel - merci Canal pour sa diffusion de FMA pendant ma première année de prépa - souvent sur la recommandation d'un pote ou l'autre, que je voyais de moins en moins (... voire partis sur d'autres continents).

C'est Nolife qui m'a fait véritablement revenir à l'animation et découvrir toute la profondeur du marché du manga - au moins aussi vaste que celui de la BD francobelge, sur le sol français - de revenir sur des classiques que j'avais survolés. Qui a permis aussi, par son alimentation constante au gré des news, reportages et rubriques, d'entretenir la flamme malgré le début de ma vie professionnelle, et des périodes pas vraiment cool pour ne pas dire complètement déprimantes - en pesant mes mots.

Nolife également qui, par un mécanisme peut-être pas totalement distinct du lavage de cerveau, a fini de me faire adhérer à la J-Music au delà de quelques génériques. Il en faut beaucoup pour me faire sortir de mon antre et sans eux je ne serais probablement allé à aucun des concerts de J-Music auxquels j'ai assisté, dans des genres assez divers (sans exhaustivité : 2x °C-ute, 2x Scandal, 2x Uplift Spice, World Order, 2x JAM Project, Moumoon...).

Et Nolife également qui m'aura réconcilié avec (la :p ) Japan Expo, dont ma seule expérience au CNIT La Défense en 2003 n'avait pas été des plus agréables. Bon, certes, j'y passais 60% de mon temps sur leur stand ou dans le Live House (aujourd'hui "Scène Karasu" - la zone réservée à des mini concerts). Certains se rappelleront peut-être même d'un cosplay tiré de Mobile Suit Gundam Seed (uniforme de l'alliance) sur lequel, malgré un résultat discutable, je n'ai pas compté les heures. Ne cherchez pas de photos sur le net (ou si vous en trouvez, envoyez-moi le lien :D).

De la théorie à la pratique

Nolife m'aura fait bouger. Et pas uniquement pour aller en concert et convention.
La passion renouvelée pour le Japon se sera traduite notamment par une étude du Japonais - trop superficielle à mon goût et dont je regrette depuis de ne pas l'avoir commencée plus tôt, dès mes années d'études. Au delà de l'utilité - si je bafouille, cela permet malgré tout de s'ouvrir des portes et des lieux autrement difficiles d'accès - cette étude aura été une respiration intellectuelle dans une phase toxique niveau professionnel. Aurais-je sauté le pas sans eux ? Honnêtement je n'en suis pas sûr. Et elle m'aura permis des rencontres ou d'améliorer des échanges lors de divers dédicaces/handshake, ou avec de parfaits anonymes.

Nolife m'aura fait bouger bien plus loin puisqu'elle aura contribué à me motiver à (enfin) me rendre justement au Japon même. Par 3 fois, et j'espère bien plus à l'avenir, pour s'y promener de long en large, des quartiers "pop" comme Akihabara ou Namba à des lieux plus calmes et reculés comme Kagoshima, Takayama ou la magnifique île de Yakushima.

Ça n'a peut-être l'air de rien mais, sans tomber dans des considérations pathologiques, je suis extrêmement casanier. Sortir de ma routine y compris pour des vacances me demande une énergie particulière et toute aide ou motivation est bonne à prendre. Alors voilà, la passion transmise m'aura fait faire des choses, belles, voir des lieux, rencontrer des gens.

 IRL

Rencontres avec le staff

Nolife, c'était également un staff au poil. Chacun avec sa sensibilité, mais toujours ouverts à la discussion. Un jour, il y a bien longtemps, j'ai écrit sur le forum, suite à je ne sais quel évènement, quelque chose qui ressemblait à :

"Ah et sinon j'ai vu Alex. Mais bon, je n'ai pas osé le déranger."
Qui a entraîné la réponse immédiate :
"Quoi ? Mais la prochaine fois, faut venir me saluer."

Moi, petit membre du forum sans accomplissement particulier. Une réponse personnelle du directeur des programmes. Et cette réponse. 
Quelques semaines plus tard, à un évènement (Samurai Japon 2010) j'entends une voix familière alors que j'ai le regard fixé dans mon reflex. Ou plutôt deux voix. C'est un tournage de Tokyo Café (programme court présenté par Suzuka sur des sujets ayant trait au Japon) qui commence à 50 cm de mon épaule. J'attends patiemment la fin de la séquence, bien décidé à vaincre ma timidité en prenant au pied de la lettre l'invitation d'Alex. Caméra coupée, tête relevée : j'y vais, je tends la main et lui dis presque avec assurance "Euh... Salut, c'est moi Aptarus". Premier échange "personnel" et premier et dernier passage à l'antenne (hors arrière plan) puisque la conversation se terminera par "tiens, mets-toi là, ok, ça tourne !" ( lien tant que Noco existe ).

Voilà, c'était la simplicité d'Alex et Suzuka - quand leur planning leur en laissait le temps. Échanger des mots, avant/après une séquence, prendre les retours aussi, quand ils étaient construits, expliquer son point de vue. Et souvent, tout le temps, le sourire aux lèvres et un enthousiasme presque adolescent dans le regard et la voix.

Si c'est l'évènement le plus marquant, les rencontres avec Seb, Médoc, Thierry Falcoz (ex rédac' chef JV, pourtant timide en convention :D), et bien d'autres, sont toutes mémorables. Ils vous donnaient vraiment l'impression de parler d'égal à égal. Car être sympa dans la télévision, c'est bien, mais rester à ce point accessible, c'est encore autre chose. La seule limite étant souvent leur disponibilité, et le fait de ne pas les accaparer.

Avec la communauté

J'ai revendiqué haut et fort mon statut de ninja fantôme des IRLs, malgré mes milliers de messages sur le forum.
Ca n'est pas tant une fierté qu'une difficulté maladive à sociabiliser - qui commence par une atroce mémoire pour ce qui concerne l'association nom/visage, continue avec une difficulté à participer à des discussions de groupe pour finir sur un sentiment d'inadaptation dans la plupart des regroupements, soirées, boîtes, bars, et caetera.
Malgré cela, par le biais du forum, j'ai pour la première fois apprécié le sentiment de "faire partie d'une communauté". Oh, pas que cela ait été tout rose - en témoignent des prises de bec plus ou moins sérieuses avec plusieurs des modérateurs, et bien sûr de simples utilisateurs également, des divergences et - soyons honnêtes - de l'indifférence confinant au mépris pour certains membres. Mais cela reste fort peu en comparaison du positif à tirer de ces échanges très généralement bienveillants - et tant pis s'il faut apprendre de soi-même à éviter certains sujets.
Ermite je suis, ermite je reste, je n'ai participé à aucun des "resto" - il est possible que 2018 soit une exception -, ai fui les possibilités "d'after" au sortir de concerts, ce qui ne m'aura pas empêché de tisser des liens plus ou moins rapprochés et parfois temporairement très rapprochés (ndr: en tout bien tout honneur. Se rappeler du paragraphe "Love Live", svp) avec divers membres qui se reconnaîtront avec lesquels j'ai pu partager mes fameux cours de japonais (une modo O_o ), tenter de remonter le moral (et réciproquement), donner dans le "soutien scolaire" quitte à me remettre au Python, parler technique photo (une autre passion que je devrais cesser de laisser rouiller, d'ailleurs), ou simplement avoir des discussions et délires filés sur des sujets divers, parfois déliés des thématiques de la chaîne. Si je mélange les noms et les visages sachez que j'oublie peu - surtout pour le positif. Vous m'excuserez de ne pas me lancer dans une énumération de pseudonyme inutile et potentiellement blessante quand il s'agira de choisir où l'arrêter.
En dehors du cercle familial et de mon couple, la communauté des "Nolife" est certainement le groupe avec lequel j'ai eu pendant ces années la plus haute fréquence et, au global, le plus grand volume d'échange.

Et la rencontre de l'improbable

Je ne peux pas clôturer ce billet sans citer la rencontre avec Fujino Yuria, cosplayeuse-modèle-maid et étudiante en culture française à l'époque, découverte à travers un épisode de Toco Toco et avec laquelle j'avais échangé via Twitter en toute simplicité suite à son passage dans l'émission. De fil en aiguille, ces quelques tweets se sont transformés à l'approche de sa venue à Paris en des indications précises (sur, ahem, où trouver des goodies Barbapapa dans Paris - merci feu Album Saint-Germain) et pour se conclure en visite conjointe du Quartier Latin (glace Berthillon incluse) et du musée Marmottan - bien moins connu internationalement que le Musée d'Orsay mais tout aussi recommandable aux amateurs d’impressionnisme, dont elle fait partie.
Une journée dont je garde un souvenir des plus agréable et une personne avec laquelle je conserve quelques échanges même si des aléas (dont de santé) ne nous ont malheureusement pas permis jusqu'à présent de nous croiser à nouveau.
Vous pouvez la retrouver notamment sur Twitter - attention, certaines photos peuvent être NSFW / inadaptée à la consultation en présence de jeunes enfants ou personnes conservatrices.



(Almost) no regrets


Au final, ce que m'aura apporté Nolife, ça n'est donc pas tant un ou quelques évènements majeurs qu'une somme de petits éléments positifs et de contributions - à ma construction sociale, à mon moral, surtout dans les moments difficiles. Une routine réconfortante sans tomber dans le doudou régressif car apportant toujours de nouveaux sujets ou de nouveaux angles. La sensation, aussi, de ne pas être tant que ça un extraterrestre dans un monde où je me sens souvent étranger.

Au compte de mes regrets, si ce n'est de ne pas avoir trouvé de recette miracle (ou de numéros gagnants de l'Euromillions) leur permettant de poursuivre, j'aurai surtout celui de ne jamais pouvoir concrétiser un certain fantasme d'y participer directement, autrement que mon passage éclair à l'antenne d'un Tokyo Café et par mes abonnements. J'aurais, malgré certaines clauses de mon contrat de travail qui auraient pu poser problème, rêvé d'être le "N'importe qui" d'un 101% (ma contribution au sous-titrage des épisodes de France Five, bien que désintéressée et par pure passion pour cette oeuvre d'Alex, aura pu me laisser espérer un instant... mais je précise immédiatement n'en tenir aucune rigueur !), voire animer et/ou écrire (pour) une émission. Sachez que je n'ai donc trouvé aucune formule permettant de présenter de façon intelligente et ludique la sécurité des systèmes informatiques dans un format télévisuel - quand bien même j'aurais dû y sacrifier mes weekends - et que vous avez donc évité ma (lourde) prose.
Tant pis. La chance sourit aux audacieux et c'est une qualité qui me fait notoirement défaut. Il faudra vivre avec (ou plutôt sans).

Un dernier regret est d'avoir failli l'an dernier à mon habitude de souhaiter en fin de JE "à l'année prochaine" à Seb. Ironie de l'histoire qui aura voulu qu'effectivement, il n'y en aura pas - tout du moins en tant qu'exposant pro.

J'espère, malgré mon pessimisme naturel, que la communauté saura perdurer d'une certaine façon et que les liens ne s'étioleront pas (trop) (vite) malgré mes travers.
J'espère aussi que le staff dans son ensemble trouvera où rebondir et, surtout, où bien rebondir et, à titre plus égoïste, qu'eux ou d'autres inspirés par leur exemple pourront reprendre la voie tracée - c'est déjà partiellement le cas même si à ce jour il m'est difficile de m'imaginer me satisfaire de l'offre en place.
J'espère que nos chemins auront en tout cas la possibilité de se recroiser.

Nolife se rêvait l'avant-garde d'une génération de micro-chaînes qui n'est jamais arrivée et vraisemblablement n'arrivera jamais compte tenu des évolutions. Nolife nous aura surtout fait rêver, une parenthèse de 11 ans pour les plus assidus.

Alors messieurs - et dames - je vous adresse du fond du cœur, de mes tripes mais aussi de mon cerveau un gigantesque bravo.

See you, space cowboy.
You earned your rest.
今から頑張って続きましょう。

lundi 2 avril 2018

No passion, No Life - Sayonara, See you again, Adios, byebye cha cha

Intro hors sujet

Plutôt que d'écrire ce mot sur un forum dont les heures sont malheureusement comptées, ou d'éclater mon message en une ribambelle de tweets, je ressors donc aujourd'hui du formol ce "blog" qui n'en est pas vraiment un, et me prends un cours instant pour un rédacteur/blogueur/chroniqueur
(Oui parce que si c'était un blog, j'aurais dû rédiger mon billet "tout ce qui ne va pas dans l'épisode VIII" pour faire suite à mon point de vue sur Le Réveil de la Force, en concluant tout de même sur pourquoi Les Derniers Jedi m'étaient éminemment plus sympathique, ou "Pourquoi Pacific Rim Uprising gagne haut la main l'Oscar du teaser le plus raté et celui des meilleurs clins d’œils geek")

Intro du sujet

Nolife, c'est fini. Ou plus précisément et si vous me lisez rapidement, ça le sera sous peu, la fin des programmes étant programmée au 08/04/2018 avec un dernier baroud d'honneur que l'on espère flamboyant à l'image du panache que l'équipe aura su insuffler à ces presque 11 ans d'aventures télévisuelles.

Et c'est quelque chose de triste pour toute une frange de la population, pire, une frange dans la frange des geeks et assimilés. Car Nolife n'aura jamais été une chaîne de masse - elle n'en avait ni la vocation ni les moyens. Mais pour ses fidèles, ou même certains qui en comprenaient l'esprit sans forcément adhérer pleinement aux thématiques, elle était un peu La chaîne. Leur chaîne. Et soyons honnête, Ma chaîne.

Ce billet parlera de ce qu'était Nolife - quelques éléments factuels même si je suppose que tout lecteur sera déjà familier du sujet, puis ma perception et mes mots sur ce que représente cette initiative. Un second sera nettement plus personnel, même si aucun des deux ne saurait être exhaustif.


Les deux buts premiers sont de mettre de l'ordre dans mes propres idées et d'exprimer à tout membre du staff qui passerait mes sentiments. Je ne prétends pas y produire un contenu inédit ou exceptionnel. J'espère malgré tout que vous y trouverez un minimum d'intérêt ou a minima que ça ne sera pas trop ennuyeux à lire. Au pire, CTRL+W sans vergogne ;-).

Rattrapage pour les néophytes et les non-français

Nolife, qu'est-ce ?

Nolife, c'est une chaîne de télévision française diffusée du premier juin 2007 au, donc, huit avril 2018 (avec potentiellement des boucles de rediffusion par la suite avant extinction du signal), exclusivement "sur les box internet". Autrement dit, pour la recevoir, le spectateur doit - ou bientôt devait, j'utiliserai dans la suite le passé par anticipation - passer par sa box ADSL ou fibre à condition que son opérateur reprenne le signal.
Pourquoi ? Car cela nécessite des coûts techniques ridicules au regard de ceux d'une diffusion hertzienne (analogique comme TNT / numérique), satellite ou même câble classique - où les canaux sont également comptés et donc la concurrence rude pour obtenir sa place. C'est ce mode de diffusion, sur lequel la France a été en pointe, combiné à des technologies aujourd'hui banales mais à l'époque révolutionnaires qui a permis aux fondateurs - Alex Pilot (directeur des programmes), Sébastien Ruchet (président et homme achetant les sacs poubelles) - d'oser imaginer passer d'une "simple" société de production (produisant pour des tiers) à une chaîne de télévision.
Car les deux hommes, après des années dans l'amateurisme au sens noble du terme, qui aura valu des pépites telles que... euh... "Bitoman"..., ont déjà une expérience certaine dans l'audiovisuel et plus particulièrement ce qui a rapport avec la (pop)culture Japonaise, le tout en collaboration notamment avec Suzuka Asaoka, compagne d'Alex à la ville et pile électrique à l'écran pendant des années, en charge des relations France-Japon.
Cette chaîne, dont le premier slogan aura été "Il n'y a pas que la vraie vie dans la vie" - avant un plus sobre "la chaîne des nouvelles cultures" - sera dans la continuité : jeux vidéo, animation, manga, évènements en rapport avec le Japon (voire au Japon, quand l'opportunité d'y tourner se présente), et une ouverture sur d'autres thèmes que sont le jeu de plateau, le jeu de rôle (papier), le cinéma et plus particulièrement le cinéma de genre.

Le contexte d'époque


En 2007, YouTube et Dailymotion existent "à peine". Les vidéos qui y sont postées ont de fortes contraintes de qualité et de durée. Twitch, LA plateforme de streaming par excellence, où depuis chez soi on peut (avec un peu de chance) streamer en 1080P modulo 2 lampes et 1 ou 2 caméras plus 1 micro, est au mieux un doux rêve, pour ne pas dire de la science fiction. En France, la référence est "Game One", souvent présentée / vue par les fans de Nolife comme une rivale, une concurrente, une version tombée du côté obscur de l'idée qu'est Nolife, avec un ton assurément plus grand public - et centrée sur le jeu vidéo plutôt que le Japon "pop" dans son ensemble.
Et sinon, ce sont les sites écrits, illustrés et avec des vidéos mais que l'on peut encore compter - eux-mêmes luttant souvent pour leur survie financière.

Dans ce contexte, Nolife est un évènement. Un évènement au niveau français, mais également au delà car elle n'a, à ma connaissance, pas d'équivalent au niveau européen si ça n'est mondial. Et certains nous l'envient.

 Le début de la fin ou la fin du début ?

Brûle mon cosmos télévisuel!


Après des difficultés notamment administrative avant même d'allumer les serveurs, Nolife va se lancer. Et très vite connaître des difficultés financières : financer une chaîne ne se fait pas tout à fait comme prévu. La publicité ne prend pas encore en compte les chaînes "full internet" (non comptabilisées par les sacro-saintes audiences Médiamétrie par lesquelles jurent les publicitaires). Nolife est sauvé une fois. Survit miraculeusement une autre. Dégraisse une, deux fois (avec des retours d'anciens de temps à autre). Mais au final, cette chaîne à laquelle on ne donnait pas 6 mois, maximum un an, aura tenu 10 ans et 10 mois. Soyons généreux, et accordons leur la date de lancement qui aurait dû être la leur sans des soucis de dernière minute indépendants de leur volonté : elle aura tenu 11 ans et une semaine. Autant dire une éternité.


Ces galères longues auront plusieurs effets :
  • Des comparaisons régulières, amicales, aux shonen et en particulier à ceux où, tels Seiya dans Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya pour les puristes), le héros ne cesse d'aller à terre pour se relever et surmonter l'épreuve, serait-ce à moitié mourant.
  • L'agacement de certains, y compris une partie du public, trouvant la communication trop larmoyante ou usante malgré la sobriété affichée par l'équipe qui, depuis les premiers appels à abonnement, rappelle tout de suite que "ça n'est qu'une chaîne de divertissement. Si Nolife s'arrête, il n'y a pas mort d'homme".
  • L'incompréhension de beaucoup devant ce qui peut apparaître comme de l'entêtement dans une voie sans issue. Et honnêtement, j'aurais probablement jeté l'éponge bien avant eux.
  • Le départ, et parfois le retour, de nombreux membres historiques au gré de la fluctuation des moyens.
En sachant que ça n'est que la partie émergée de l'iceberg, ne pouvant me prévaloir d'informations privilégiées.

L'histoire de la génèse et des 5 premières années de Nolife est racontée de manière bien plus détaillée et juste dans le livre de Florent Gorges, à l'instant où je rédige en réduction à 5€, Nolife Story. S'il parlera avant tout aux connaisseurs, je ne peux que le recommander à toute personne s'intéressant à des initiatives geeks, et prier pour un second volume couvrant la seconde moitié.

 L'Esprit Nolife

Les gens ayant grandi dans les années 80 ou, comme moi, 90, auront certainement entendu une expression : "L'Esprit Canal".
Cet esprit, c'était un mélange de cassage de codes, de provocation, de déconne tout en contrôle (ou presque), supposé propre à cette "petite" chaîne qu'était Canal Plus à son lancement.

Si Nolife aura bien plus souvent été comparée à "L'Arte des Geeks", il était parfois aussi fait état d'un "Esprit Nolife". Là aussi, un mélange de cassage de codes - des émissions à durée variable car dictées par le sujet et le contenu plus que le format -, d'un traitement sérieux et respectueux de sujets jugés banals voire ridicules par les standards des autres chaînes, un amour et une volonté de bien traiter ce dont on parle, un humour également moins cadré, et beaucoup d'autodérision - des fictions mettant en scène l'équipe (quitte à y passer pour des connards ou tortionnaires) à la revendication d'avoir des animateurs moches. Et une énorme louche de système D et d'optimisation pour produire quelque chose de qualité professionnelle avec bien moins de moyen que n'importe où ailleurs.

Dans l'impossibilité d'acheter des programmes classiques, Nolife diffuse des séries amateurs. On y compte Nerdz, Flander's Company, Geek's Life - par des membres du staff ou satellitaires - et celle qui deviendra la plus connue car détentrice d'un record de financement participatif, Noob. Pas par dépit, mais car une grosse partie de l'équipe vient de là.

Pour compenser  la musique japonaise (choix des fondateurs, et également car le conventionnement "chaîne musicale" avait ses avantages), diffuser des indies, clips indépendants, est aussi un choix. D'aller sur des terrains non défrichés et d'être généreux au delà parfois de la logique. Et tant pis si certaines productions diffusées sont parfois... discutables quandt au niveau atteint.

Nolife tisse aussi de nombreux liens, notamment au Japon. C'est comme cela que la chaîne se fournit en clips et récupère deux programmes profondément nippons, Kira Kira Japon, virgule loufoque malheureusement trop courte et portée disparue des interwebs, et Japan in Motion dont le ton à la limite du publireportage peut choquer en comparaison - et son dérivé plus posé et culturel qu'est Esprit Japon. Ou la diffusion de l'ovni qu'était "Kyo no wanko" (le petit chien du jour), monument télévisuel japonais pour les amateurs de canidés.

Un pinacle de cet esprit c'est aussi probablement le programme Space Hyper Ufo Media DJ, un programme jamais présenté car "secret", déclenché aléatoirement certaines nuits d'hivers et qui voyait un des quelques membres capables de gérer toute la chaîne de production, diffuser des clips demandés sur le forum et faire les annonces - simple en principe, beaucoup moins en pratique quand chaque plateau doit être tourné, composé, encodé, envoyé sur la régie, accompagné des clips et du fichier de playlist associé, le temps que la précédente plage ne passe. Qui d'autre produit une émission en y passant une nuit blanche ou presque et sans en faire la promotion une seule fois ? Une émission qui se passait autant à l'antenne que sur le forum, valant une classification quasi officiel des clips "anti faibles" (comprendre : ceux qui faisaient s'endormir quand diffusés passé 2h du matin), des règles telles que "boire et manger c'est tricher" et la petite fierté pour ceux qui une fois avaient atteint la fin de la playlist - au dépend d'un lendemain difficile :D.

Mais Nolife, ça n'était pas que de la générosité et de la sincérité. C'était aussi de la précision  autant que faire se peut dans les programmes "maison". L'à-peu-près n'était que rarement apprécié même s'il s'agissait de faire de la vulgarisation. Des collaborations avec des superplayers reconnus, avec l'association MO5 pour s'intéresser aux entrailles de consoles rétro (Very Hard)... ou de l'explication de mythes ou tableaux japonais (Mot de Saison). Le tout sans pédanterie ni élitisme mal placé (même si je reprocherais à Skills, l'émission E-sport, l'utilisation d'un jargonage à tendance anglophone pas toujours nécessaire).

Le tout sans une recherche de l'audimat. La première question posée semblait être "Est-ce que le sujet, traité de cette façon, vaut le coup d'être abordé ?" et non pas "Y a-t-il un public pour ce format ?".

Cet esprit qui leur aura aussi probablement causé du tort, au sens de la rentabilité et des partenariats, car inconcevable de lâcher le contrôle à un tiers, de se "vendre". Plutôt rester fidèle à l'idée d'origine et puis, quand on commence quelque chose, il faut aller jusqu'au bout*.

L'Esprit Nolife, c'était aussi d'oser faire l'annonce de la "mort" de la chaîne un premier avril. La vraie, pas la fausse - qui avait eu lieu il y a des années et n'était pas si fausse que ça puisqu'elle marquait un sauvetage en dernière minute.

* citation favorite d'Aramis Léclair, le Silver Mousquetaire, dans le sentai amateur France Five co-créé par Alex, interprété par l'actuel directeur de Kurokawa excusez du peu.

La proximité, la "famille" Nolife

Une autre description récurrente faite par les fans, y compris des anonymes ne se signalant qu'à l'occasion d'un évènement marquant, est que regarder Nolife, "c'est comme faire partie d'une famille" ou d'une bande de potes.

La simplicité de la présentation de beaucoup de plateaux (animateurs "moches" en T-shirt sur fond quasi blanc puis des plateaux épurés ou en carton) y jouait certainement, mais le ton n'y était pas étranger. Chez Marcus (par Marc Lacombe, alias Marcus, vétéran de la presse JV française et parrain officiel de la chaîne) avait bien pour principe de présenter un jeu comme si l'on débarquait chez un pote.

La disponibilité et l'ouverture à la communication de nombreux membres du staff - sur le forum de la chaîne tout d'abord, sur les réseaux sociaux ensuite, et en face à face lors de tout évènement - renforçait cet aspect. Quand le président de votre chaîne préféré vous reconnaît, vous serre la main alors qu'il est lui-même venu vers vous, et ne se trompe pas sur votre pseudo, difficile de ne pas se sentir proche si ce n'est privilégié.

Je ne suis pas, je dois dire, très favorable à cette expression de famille. J'ai un énorme respect et tout autant d'appréciation, pour de très nombreuses personnes ayant travaillé à Nolife. J'ai de l'admiration même pour les piliers, Alex, Seb et Suzuka les premiers. Malgré tout je considère ces expressions galvaudées - des amis, des parents, cela induit des échanges que nous n'avons pas, sur des sujets différents, une intimité. Je n'oserai pas (...malgré ce qu'indique mon compte Facebook vis-à-vis de certains) me présenter comme leur ami.

La véritable famille est pour moi l'équipe - avec ses membres plus éloignés, ceux qui ont pu prendre leurs distances voire se fâcher. Et les proches, les partenaires d'une fois ou de longue date voire les concurrents. Les liens tissés se constatent par les nombreux messages de soutien ou de tristesse depuis l'annonce d'hier.

La chaîne aura toujours eu une image d'humanité et d'accessibilité qui, pour peu que l'on souscrive un peu à leur approche, incite d'autant plus à la compassion (au sens premier) dans ces derniers évènements. Et, malgré mes propos mes propos ci-avant, je me sens comme beaucoup affecté à un niveau personnel et émotionnel au delà de la simple fin d'une marque ou d'un moyen. Une histoire de trajectoire probablement, que j'aborderai dans un second billet.

Merci, et puis merci*


* à prononcer avec la voix de Sky High de Tiger & Bunny. Si vous n'avez pas vu T&B, allez voir T&B.

Au delà des galères, les moments de bravoure auront été nombreux - si l'ordinaire de cette chaîne extraordinaire ne pouvait pas être considéré lui-même en tant que tel.
Oser sauter le pas du direct alors que la situation, moins précaire, n'était pas non plus pleinement assurée.
Tenter un jeu interactif avant "Tout le monde joue" sur France Télé.
Réaliser un anniversaire mélangeant jeu façon Cluedo, fiction et improvisation.
Des premiers avril mémorables, jusqu'au dernier malheureusement.
L'éternelle disponibilité et les discussions qui allaient au delà du "merci de nous soutenir".
La mémorable soirée en public du 5ème anniversaire - il aurait été bête de ne pas la faire, surtout rétrospectivement. Et bête de ma part de ne pas y participer dans le public quand bien même je me serai réveillé à Osaka (un peu loin d'Issy-Les-Moulineaux, vous en conviendrez).
Et bien d'autres qui m'échappent sur l'instant.

Pour toute cette passion mise en forme et partagée, et tous ces échanges suscités entre membres du public, pour votre bonne humeur affichée alors que les choses ne devaient pas toujours (voire pas souvent) être simples, votre dévouement à ce rêve geek (qui pour quelqu'un au naturel aussi frileux que moi peut sembler confiner à l'inconscience), parce qu'on est heureux de l'avoir vécu en direct et pas par des témoignages et des émissions de rétrospective,

心からどうもありがとうございました.

最高でした。

頑張って続きます。

また会いましょう!

(ça a l'air plus classe en japonais mais : Merci beaucoup du fond du coeur. C'était super. Maintenant, on va continuer à s'accrocher. A la prochaine)